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Mon suicide programmé

Vendredi 15 septembre 2006
Depuis 4 ans je ne cesse de tourner et retourner chaque morceaux de mon cerveau. C'est comme être indécollable de soi-même. J'ai tellement cherché à comprendre, à analyser chacune de mes pensées, à disséquer chaque parcelle de mon âme que je pense avoir enfin réussi à basculer. En fait je me souviens très bien de ce moment, juste après la mort de Barly : ce troublant instant où toutes les couleurs se sont estompées où le blanc, la vérité se sont enfin révélés à moi.

Cette étape franchie, j'ai besoin de plus. Je suis hyper-boulimique, insatiable de soubressauts de mon être.

Mais aujourd'hui est un grand jour, je suis plus décidée que jamais. Je sais que je vais achever mon être. Mon sentiment de complétude sera comblé. J'arrêterai mon blog le 12 mai 2007, 9 mois exactement après son commencement. Le 12 mai 2007, je ne serai plus de ce monde.
Par Lena Spin
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Lundi 18 septembre 2006
Ma mort programmée c'est ma vie qui prend tout son sens. Chaque instant est porteur de sens. Depuis samedi ou plus précisemment mercredi dernier, je ressens le temps de manière différente. Une sorte de petit compte à rebours s'est enclenché. Je n'ai pas encore fait le calcul de jours, de minutes ou même de secondes qu'il me reste à vivre. Peut-être ne suis-je pas encore possédée par le temps ? Le serais-je au final ? Mais curieusement je me sens terriblement différente : aujourd'hui j'ai marché pendant plus de 3 heures dans les rues de Caen, de la rue Ecuyère au Port, de la Vallée des Jardins jusqu'à l'hippodrôme. Mon regard était déjà plus clair, j'écoute chaque bruit. J'ai savouré un pain au chocolat comme jamais. Je ne pensais pas être si sereine à l'idée de décider de la date de mon suicide. C'est ainsi. Cette foutue part de doute, je me l'octroie sans problème. Je ne déboulonne pas la dessus.

Par contre il y a quand même un truc qui m'a pris la tête tout le dimanche : je ne parviens pas à retrouver l'arme de papa : l'unique objet que je tiens de lui. Un Colt Super 38 Automatic. Cette arme, c'est con à dire mais c'est comme un ange gardien, comme si mon père veillait toujours sur moi. Il y a un petit cheval de gravé sur la glissière. J'aime pas les chevaux, mais celui-là m'a toujours fasciné. Papa m'avait dit qu'il l'avait ramené des Etats-Unis mais j'ai jamais su où il l'avait acheté. Le problème maintenant c'est que je ne le retrouve plus. Je suis quasi certaine de l'avoir apporté avec moi quand je suis arrivée à Caen.

Et puis à bien y réfléchir je ne sais plus s'il reste des balles. Il m'en restait un chargeur plein (8) à Newcastle. Et je crois avoir tout utilisé.
Par Lena Spin
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Mercredi 20 septembre 2006
J'ai retrouvé le flingue de papa aujourd'hui. Il était à la cave dans un carton que j'avais pas débalé à mon arrivée à Caen. Ca me rassure terriblement de l'avoir retrouvé. J'ai failli repéter un cable avec ce délire.

Le chargeur est vide comme je m'y attendais.

C'est pas grave, je verrai ça plus tard : il faut que je zappe et que j'arrête de penser à ça. Il me reste 233 jours. Je vais en profiter comme jamais.

Par Lena Spin
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Vendredi 22 septembre 2006
J'ai vu que j'avais des commentaires... Mais c'est plus fort que moi je n'arrive pas à y répondre. Je les lis mais j'ai quelque part trop peur de me dévoiler intimement... Pas facile de lâcher son être.
Par Lena Spin
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Lundi 25 septembre 2006
Merci . Savoir que je suis lue est la clé de mon entreprise. J'échouerai sinon.

Ma démarche peut paraître extrême mais je ne conçois pas les choses de la vie de la même manière que la plupart des gens. Je suis avide de sensations intérieures. Une façon de transcender mon être. Qui ne s'est jamais posé la question : que ferai-je des derniers instants de ma vie si c'était la fin du monde ? Et bien pour moi c'est ma fin du monde et la vie prend un sens incroyable.

Je n'ai pas toujours été ainsi... je me souviens avoir basculée vers cet état chez moi près de Newcastle : j'ai pris un bain et mon être entier s'est écoulé en vidant l'eau par le syphon. J'ai basculé à ce moment précis.

Il y a eu Newcastle, l'affaire Barly Segwest, l'amour de ma vie, sa mort, ses recherches, cette quête inlassable pour trouver la vérité, cette folie latente, ses flics, mon Super 38, et puis mon accident, le néant. Maintenant je suis là à Caen sur un blog tout neuf à recommencer une vie programmée et heureuse. Je me sens plus épanouie que jamais.  Mon passé est encore confus... Mais peut-être faudrait-il que j'en dise un peu plus : encore cette foutue manie de tourner autour du pot.

La journée commence à peine... aujourd'hui je file à la mer...
Par Lena Spin
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Mercredi 11 octobre 2006
Je suis de nouveau obnubilée par le fait de ne pas avoir de balles pour mon Super 38. C'est comme si j'avais peur de ne plus être prête pour le 12 mai 2007. Je n'ai pas encore décidé de la manière dont j'allais finir, mais le fait d'avoir ces balles me rassurerait. Ce serait au moins ça si jamais je n'avais plus aucun recours.

Je vais bien trouver ça sur Ebay, il paraît qu'on peut tout acheter sur Ebay. Ou alors je cherche ça dans le coin : je connais un ou deux types qui pourraient m'aider.

Par Lena Spin
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Jeudi 26 octobre 2006
J'ai rajouté un compteur jusqu'au 12 mai 2007. En fait c'est plus pour moi que pour les autres. Je me prends plus la tête à compter. Quelque part ça me rassure de voir le temps défiler : ça me force encore plus à m'épancher, m'exalter. Chaque jour est encore plus fort que le suivant.

Paradoxalement celà ne m'incite pas faire plus de choses, à cramer ma vie, à faire les trucs les plus fous... Non, je me sens juste plus libre que jamais. Pas heureuse, mais juste moi-même, libre de tout.

Je suis donc plus amoureuse que jamais d'Ester. J'aime aussi mon défunt Amour, Barly. Rien ne le remplacera puisque depuis sa "mort" je suis en quelque sorte devenue lui. Tiens d'ailleurs c'est peut-être pour ça que j'aime Ester parce que quelques part je me comporte comme Barly. Ester serait un autre moi-même. Je me comporte avec elle comme j'aimerais qu'elle se comporte avec moi. C'est un peu une constance en amour que de faire à son prochain ce qu'on aimerait qu'il nous fasse. Rien que le fait de savoir ça est un grand pas. Décrypter les gestes, les attentions de l'autre pour les reproduire et  les  lui restituer est une étape de plus...

Pourtant il faudra bien quitter Ester. Eh mes questions sont les suivantes : dois-je lui expliquer mon entreprise, mon désir de me suicider ? Dois-je tout lui cacher et disparaître le 12 mai prochain, sans jamais qu'elle sache ? Dois-je lui faire savoir ce que j'ai fait après ma mort ?

Je me sens si seule par rapport à tout ça. Je sais que personne ou presque ne me comprend. Et pourtant j'aimerais en discuter, dans mon blog ou ailleurs... Les gens jugent trop souvent avant de connaître. Le suicide est un acte destructeur dans notre culture judeo-chrétienne. Rare sont ceux qui l'envisage autrement. Aucune religion, Bouddhisme, Christianisme, Islam, Judaïsme, Hindouisme, ne la tolére comme une action positive, une fin de cycle voulu. Car c'est bien de volonté qu'il s'agit : l'homme ne se permet pas de choisir ni de vouloir, l'"Etre supérieur "s'en charge.

Peu importe le contexte dans lequel on vit, le sens intrinsèque que l'on donne à sa vie prime sur tout. Je suis ce que je décide être.

Et Ester ? Que vais-je faire ?
Par Lena Spin
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Lundi 30 octobre 2006

Aujourd’hui j’ai pris une décision :

 Quelques jours avant ma mort j’enverrai le mot de passe de mon blog, Le Blog de Lena (http://lenaspin.over-blog.com/) à une personne. Je ne sais pas encore qui. Je veux laisser le « temps » œuvrer. Je commence à connaître certaines personnes sur Over-Blog, beaucoup sur Caen… Ester, David… Je verrai. Peut-être à quelqu’un qui n’a pas connaissance de ce site, peut-être à quelqu’un qui ne me connaît que par l’intermédiaire de ce site.

 

Une trace de moi dans les mains d’autrui. Un delete global ou une suite ou juste rien.
Par Lena Spin
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Jeudi 16 novembre 2006
Programmer la date de sa fin, c'est appréhender la solitude comme jamais.

Tout d'abord c'est un acte "inadmissible" puisqu'il est contre nature : on ne se tue pas si tout va bien. Alors forcément si décision il y a, il y a incompréhension des autres. Donc volonté de ne pas en parler. Solitude.

Sur ce point j'ai franchi le cap : seuls mes chers lecteurs connaissent mon dessein. Et question solitude sur le Net, y'a pas mieux. On nous lit, on nous regarde mais on en a aucune idée. Pas d'émotion qui transpire.

Ensuite, le futur ou plutôt l'avenir n'existe plus. L'instant prime. Il ne faut surtout pas tisser des liens durables qui pourraient avoir un avenir. Sinon il y a un véritable risque de faire du mal. Volonté délibérée de ne pas s'attacher. Et paradoxalement écarter les personnes qui pourraient compter. Solitude.

 Là c'est plus dur : il y a Ester que j'aime beaucoup. Et je ne sais pas encore comment je vais m'en sortir avec elle. Plus le temps passe et plus nous sommes proches. Là il y a vraiment un risque de la blesser à jamais… D'où plusieurs solutions :

- je casse avec elle le plus vite possible
- je lui dit la vérité
- je fais en sorte qu'elle ne sache jamais ce qui adviendra de moi après le 12 mai 2007

Franchement, c'est con à dire mais si quelqu'un qui me lit a un avis ou un conseil, je suis preneuse… Même si ma démarche peut faire peur… Il faut presque en faire abstraction.

Par Lena Spin
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Lundi 4 décembre 2006
Connaître la date exacte de sa mort programmée c’est avant tout donner un sens à sa vie, sens qui prendra effet que pendant le laps de temps, entre la décision et l’acte en soi. Et là est toute la question, quel sens ? Qui peut réellement parler de sens de sa vie ? La mort achève un cycle mais quel en est son sens ? Achever un être c’est avant tout, le compléter. Que faut-il pour compléter un être, pour le boucler ?

 

Tout ceci reste encore flou mais au fur et à mesure les briques s’assemblent et c’est avant tout dans la tête que tout ce joue : il ne faut pas croire qu’il faut des actes, de l’expérience, un vécu hors du commun pour se sentir complet. Il faut beaucoup réfléchir, certes se torturer l’esprit, peut-être même jusqu’à la folie… Mais peut importe si la finalité en est la vérité, la vérité de soi, la compréhension ultime, l’amour infini.

 

Quelque part c’est comme une quête forcée, il faut trouver sa voie sinon la fin en soi n’a plus d’utilité.

Par Lena Spin
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