Hier j’ai passé la soirée et la nuit avec Ester. On passe des heures à discuter, à déconner. Elle m’attire énormément. Je crois, qu’au-delà de toute sexualité, je suis « amoureuse » de la personne. Elle n’est pas insensible à mes charmes. Mais tout reste éthéré. Personne n’aborde ce sujet comme si le doute, la peur de se déclarer, étaient une douce sensation que l’une comme l’autre souhaitait conserver encore. Quand je lui parle, je la sens frémir. Elle me dit qu’elle me trouve envoûtante et belle. Je crois que je vais finir par exploser et lui sauter dessus. Je ne sais pas si c’est la bonne manière de faire mais…
Par exemple hier soir, nous étions chez elle. Elle était assise sur le bord du canapé ocre. La lumière tamisée orangée filtrait à travers l’abat-jour d’une lampe sur pied. Elle était en tailleur moulant (elle sortait du boulot) noir. Ses cheveux longs bruns entouraient son décolleté. Elle parlait et je n’avais qu’une envie : l’embrasser. Je ne sais pas si elle se rend compte de la situation mais je crois que oui.
Je n’ai jamais eu envie d’une femme. Je ne suis pas lesbienne. Mais peu importe c’est la personne qui m’attire et je suis (comme toujours) ce que je ressens.
Je suis rentré tard dans la nuit. Elle m’a rappelé aujourd’hui en me disant qu’elle avait envie de me revoir un de ces soirs. Je ne sais vraiment pas comment prendre tout ça : puis-je me permettre de l’embarquer dans ma vie sachant qu’elle ne sait rien de
mon entreprise ?
Je crois que le tout premier prochain échange de regard fixera le sort de notre prochaine nuit
par Lena Spin
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Ester
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Je suis de nouveau obnubilée par le fait de ne pas avoir de balles pour mon Super 38. C'est comme si j'avais peur de ne plus être prête pour le 12 mai 2007. Je n'ai pas encore décidé de la manière dont j'allais finir, mais le fait d'avoir ces balles me rassurerait. Ce serait au moins ça si jamais je n'avais plus aucun recours.
Je vais bien trouver ça sur Ebay, il paraît qu'on peut tout acheter sur Ebay. Ou alors je cherche ça dans le coin : je connais un ou deux types qui pourraient m'aider.
Ma vie est un gruyère : j’ai rencontré Barly environ 3 ans après sa mort, le 16 décembre 1995. Nos relations étaient plus que fusionnelles. Je pense que jamais je n’ai atteint un tel niveau de compréhension. Un Amour infini, indissociable de mon être. Barly est mort, officiellement (c’est ce qui à été véhiculé dans la presse local de Newcastle à l’époque) d’un accident de voiture. Je sais qu’il en est rien, cela ma coûté ma folie latente. Mais je m’expliquerai plus tard sur l’affaire Barly Segwest. Toujours est-il que de l’été 1996 à l’été 2001 c’est quasiment le black-out complet dans ma mémoire. Ma vie reprend en juillet et août 2001 lorsque j’ai fuit l’Angleterre qui m’étouffait. J’ai quitté Newcastle et traversé la Manche en presque une seule journée, du jour au lendemain. J’ai atterri à Ouistreham dans le département du Calvados et je me suis posée à Caen : j’y suis encore. Mais maintenant mon ultimatum étant fixé je vis différemment. Je me sens libre de toutes mes actions.
Je vis entre instantané et souvenirs. Je n’ai jamais rencontré depuis des personnes compréhensives ou juste aptes à me comprendre. Barly c’était trop. Le reste est si pâle.
Ester, "l'instantanée", serait-elle différente ?
Mercredi 27 septembre 2006
Journée extra aujourd'hui : j'ai claqué ! J'ai passé 2 heures chez le coiffeur, je me suis entièrement resappée : jean moulant très délavée, longues bottes en cuir marron, cache-coeur marron claire, lingerie fine rose pourpre... J'ai pas mal discuté en terrasse du pub Saint Laurent avec une nenette qui était seule : Ester, une jolie brune dans l'immobilier. Ok, l'immobilier c'est pas très fun mais elle était super cool. On a pas arrêté de se marrer sur des tas de conneries...
par Lena Spin
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Merci . Savoir que je suis lue est la clé de mon entreprise. J'échouerai sinon.
Ma démarche peut paraître extrême mais je ne conçois pas les choses de la vie de la même manière que la plupart des gens. Je suis avide de sensations intérieures. Une façon de transcender mon être. Qui ne s'est jamais posé la question : que ferai-je des derniers instants de ma vie si c'était la fin du monde ? Et bien pour moi c'est ma fin du monde et la vie prend un sens incroyable.
Je n'ai pas toujours été ainsi... je me souviens avoir basculée vers cet état chez moi près de Newcastle : j'ai pris un bain et mon être entier s'est écoulé en vidant l'eau par le syphon. J'ai basculé à ce moment précis.
Il y a eu Newcastle, l'affaire Barly Segwest, l'amour de ma vie, sa mort, ses recherches, cette quête inlassable pour trouver la vérité, cette folie latente, ses flics, mon Super 38, et puis mon accident, le néant. Maintenant je suis là à Caen sur un blog tout neuf à recommencer une vie programmée et heureuse. Je me sens plus épanouie que jamais. Mon passé est encore confus... Mais peut-être faudrait-il que j'en dise un peu plus : encore cette foutue manie de tourner autour du pot.
La journée commence à peine... aujourd'hui je file à la mer...
Vendredi 22 septembre 2006
J'ai vu que j'avais des commentaires... Mais c'est plus fort que moi je n'arrive pas à y répondre. Je les lis mais j'ai quelque part trop peur de me dévoiler intimement... Pas facile de lâcher son être.
Mercredi 20 septembre 2006
J'ai retrouvé le flingue de papa aujourd'hui. Il était à la cave dans un carton que j'avais pas débalé à mon arrivée à Caen. Ca me rassure terriblement de l'avoir retrouvé. J'ai failli repéter un cable avec ce délire.
Le chargeur est vide comme je m'y attendais.
C'est pas grave, je verrai ça plus tard : il faut que je zappe et que j'arrête de penser à ça. Il me reste 233 jours. Je vais en profiter comme jamais.
Ma mort programmée c'est ma vie qui prend tout son sens. Chaque instant est porteur de sens. Depuis samedi ou plus précisemment mercredi dernier, je ressens le temps de manière différente. Une sorte de petit compte à rebours s'est enclenché. Je n'ai pas encore fait le calcul de jours, de minutes ou même de secondes qu'il me reste à vivre. Peut-être ne suis-je pas encore possédée par le temps ? Le serais-je au final ? Mais curieusement je me sens terriblement différente : aujourd'hui j'ai marché pendant plus de 3 heures dans les rues de Caen, de la rue Ecuyère au Port, de la Vallée des Jardins jusqu'à l'hippodrôme. Mon regard était déjà plus clair, j'écoute chaque bruit. J'ai savouré un pain au chocolat comme jamais. Je ne pensais pas être si sereine à l'idée de décider de la date de mon suicide. C'est ainsi. Cette foutue part de doute, je me l'octroie sans problème. Je ne déboulonne pas la dessus.
Par contre il y a quand même un truc qui m'a pris la tête tout le dimanche : je ne parviens pas à retrouver l'arme de papa : l'unique objet que je tiens de lui. Un Colt Super 38 Automatic. Cette arme, c'est con à dire mais c'est comme un ange gardien, comme si mon père veillait toujours sur moi. Il y a un petit cheval de gravé sur la glissière. J'aime pas les chevaux, mais celui-là m'a toujours fasciné. Papa m'avait dit qu'il l'avait ramené des Etats-Unis mais j'ai jamais su où il l'avait acheté. Le problème maintenant c'est que je ne le retrouve plus. Je suis quasi certaine de l'avoir apporté avec moi quand je suis arrivée à Caen.
Et puis à bien y réfléchir je ne sais plus s'il reste des balles. Il m'en restait un chargeur plein (8) à Newcastle. Et je crois avoir tout utilisé.
Vendredi 15 septembre 2006
Depuis 4 ans je ne cesse de tourner et retourner chaque morceaux de mon cerveau. C'est comme être indécollable de soi-même. J'ai tellement cherché à comprendre, à analyser chacune de mes pensées, à disséquer chaque parcelle de mon âme que je pense avoir enfin réussi à basculer. En fait je me souviens très bien de ce moment, juste après la mort de Barly : ce troublant instant où toutes les couleurs se sont estompées où le blanc, la vérité se sont enfin révélés à moi.
Cette étape franchie, j'ai besoin de plus. Je suis hyper-boulimique, insatiable de soubressauts de mon être.
Mais aujourd'hui est un grand jour, je suis plus décidée que jamais. Je sais que je vais achever mon être. Mon sentiment de complétude sera comblé. J'arrêterai mon blog le 12 mai 2007, 9 mois exactement après son commencement. Le 12 mai 2007, je ne serai plus de ce monde.
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